René Rang: Administrateur

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| Sujet: Calcul de la délinquance en France Dim 20 Fév - 0:50 | |
| je mets ici un article du "Point", daté d'il y a 3 jours, et c'est à méditer... http://www.lepoint.fr/france/document.html?did=158471 Police Petits arrangements avec les statistiques
Inventaire des astuces en tout genre permettant de maquiller les mauvais chiffres et d'infléchir la courbe de la délinquance.
Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens
La scène se passe au deuxième étage de l'hôtel de police de Bordeaux, dans le Bureau d'étude et d'orientation anti-délinquance de Gironde. C'est ici que chaque jour une dizaine d'administratifs rentre dans les ordinateurs du ministère de l'Intérieur les chiffres de la délinquance pour l'ensemble du département. A 15 heures précises, le responsable du service ordonne aux petites mains du « Bedoac » de stopper immédiatement le travail : « Vous arrêtez d'enregistrer. » Et de préciser aux fonctionnaires qu'ils peuvent désormais jouer au solitaire sur leur ordinateur. Objectif de la ma-noeuvre : alléger les statistiques de la délinquance qui sont publiées chaque mois. La manipulation consiste à garder sous le coude le maximum de plaintes et de faits constatés. Il suffit ensuite de distiller le stock les mois suivants, en profitant des creux statistiques. Autre variante de cette technique dite du « bourrelet », le report du week-end : quand le dernier jour du mois tombe un lundi, on clôt les statistiques le vendredi. Résultat : on gomme deux jours, soit 15 % des délits et crimes.
D'habitude, ces tours de passe-passe se font en catimini, mais cette fois il y avait des témoins gênants dans la salle. En l'occurrence, deux délégués du Syndicat national indépendant des personnels administratifs et techniques de la Police nationale (Sni-pat). Un mois après la polémique qui a entouré la présentation des chiffres de la délinquance par le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, le Snipat demande une enquête dans les services de police sur la façon dont sont concoctées les statistiques sur les crimes et délits. Dans une lettre adressée le 25 janvier 2005 au directeur général de la Police nationale, le Snipat dénonce le tripatouillage des chiffres : « De plus en plus nous sont signalés, souvent de manière anonyme, par crainte de représailles de leur chef de service, un certain nombre de manipulations douteuses qui, si elles étaient avérées, se révéleraient graves pour l'institution à laquelle nous sommes attachés. » L'administration a réagi au quart de tour en faisant convoquer les syndicalistes par l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN).
Une chose est sûre, quand l'IGPN pratique des audits dans les services de police, sa priorité n'est pas de traquer les fraudes aux statistiques. Et, quand elle tombe sur un bidouillage, il n'y a pratiquement jamais de sanctions à la clé. « On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis. Chaque fois que l'on a trouvé des magouilles, on les a enterrées. Je n'ai jamais vu sanctionner un chef de service qui aurait triché », confie un grand flic passé par l'IGPN. C'est encore vrai quand, dans un commissariat de circonscription, la police des polices découvre par hasard des cartons remplis de milliers de plaintes passées à l'as.
Même si aucun policier ne l'avouera officiellement, les arrangements avec les statistiques se pratiquent à tous les niveaux, du commissariat de quartier aux directions centrales de la police. Prenez par exemple le fameux code Q, en clair le panier des contraventions dans lequel on fait glisser de plus en plus de délits, afin qu'ils n'entrent pas dans le « 4001 », la grille des statistiques du ministère de l'Intérieur qui ne prend pas en compte les contraventions. Quand on ne peut pas « transformer » un délit en contravention, la tentation est grande de le changer de catégorie. Si la case « cambriolages » déborde, on a tendance à classer les nouvelles procédures dans un autre type d'infractions, par exemple les « atteintes aux biens ». Et vice versa. Autre astuce : « fusionner » les délits. Vous avez cinq voitures brûlées ou détériorées dans une même rue, vous dressez un seul PV pour l'ensemble des véhicules. Et puis il y a le taux d'élucidation, devenu le principal critère de performance des policiers. Pour afficher un bon score, mieux vaut enquêter sur les affaires de chéquiers dérobés que sur les cambriolages. Un voleur de chéquier interpellé, cela signifie autant d'infractions résolues que de chèques émis. « Quand, le 15 du mois, le taux d'élucidation est faiblard, on envoie ses troupes ramasser tous les fumeurs de shit et les vendeurs à la sauvette », raconte un commissaire du sud-ouest de la France. Dans le jargon policier, on appelle ça « faire du crâne. »
le point 03/02/05 - N°1690 - Page 32 - 704 mots _________________ merci de votre message, à bientôt, rené |
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